La SAT célèbre son 30ᵉ anniversaire

entrevue avec
Jenny Thibault
Directrice générale, Société des arts technologiques [SAT]
Entrevue
publication
3 juin 2026
mise à jour
3 juin 2026
temps de lecture
4 minutes
Un texte de
Sébastien Tétrault

Depuis sa fondation en 1996 par Monique Savoie, la Société des arts technologiques [SAT] s’est imposée comme une plateforme incontournable de la vie artistique et culturelle montréalaise. Résolument tournée vers l’avenir, la SAT souligne cette année son 30ᵉ anniversaire avec une programmation spéciale qui fait le pont entre le passé et le futur tout en réservant de nombreuses surprises. Rencontre avec sa directrice générale Jenny Thibault.

Comment la SAT a-t-elle changé au fil des ans ?

Jenny Thibault — La mission de la SAT a toujours été axée sur la culture numérique et l’artiste y occupe depuis ses débuts une place centrale, mais c’est vrai que le fait de rester pertinent et cohérent représente un défi permanent. Quand j’ai pris mes fonctions en 2021, je succédais à Monique Savoie et il fallait entreprendre des rénovations majeures tout en opérant un grand changement opérationnel post-pandémie. Si la SAT figure parmi les pionniers de l’immersion, elle n’en détient plus le monopole. Cela ne l’empêche pas de rester un lieu de formation, de recherche, de création et de diffusion unique au monde : un véritable hub pour les arts numériques.

La SAT est aussi un point névralgique de la vie nocturne locale. Comment concilie-t-elle ces deux identités ?

Jenny Thibault — La SAT est située au cœur d’un quartier unique en Amérique du Nord, le Quartier des spectacles ! C’est un pôle attractif pour les Montréalais·e·s comme pour les touristes et où on vit de jour comme de nuit. C’est tout naturellement un lieu de découverte, un peu marginal et underground, mais un lieu de passage qui contribue à la diversité de la vie culturelle montréalaise. Je me souviens de ma première soirée passée à la SAT, bien avant d’y travailler. Je ne connaissais aucun des artistes qui s’y produisaient ce soir-là, mais cela n’avait aucune importance car la SAT était déjà un gage de qualité. La SAT joue un rôle dans la professionnalisation des artistes et favorise l’émergence de nouveau talents. Cela ne passe pas que par la recherche et la création, mais aussi par la performance et la diffusion.

Qu’est-ce qui caractérise à vos yeux la nouvelle génération d’artistes ?

Jenny Thibault — En ce qui concerne les artistes musicaux, le modèle d’affaire a complètement changé. Les ventes d’albums ont pour ainsi dire disparue et le spectacle est devenu leur pain et leur beurre. De manière générale, la condition des artistes est de plus en plus précaire. En art numérique, ceux-ci doivent se tourner vers des modèles hybrides et des projets collaboratifs. Ils n’ont pas le choix de créer des expériences marquantes pour le public. Notre rôle est de travailler avec les artistes qui sortent de l’école et de leur donner une première chance sur la scène des arts numériques. Heureusement, la SAT est reconnue internationalement comme un incubateur de talents et la nouvelle génération d’artistes ne donne pas sa place en termes de talent.

Comment la SAT va-t-elle célébrer son 30ᵉ anniversaire ?

Jenny Thibault — On convie le public à Futurs Antérieurs, un mini-festival qui se déroulera du 5 au 7 juin, avec des soirées festives sur trois étages aux ambiances variées, animées par des artistes d’ici et d’ailleurs, établi ou pas. Nous présentons aussi de nouvelles versions actualisées d’expositions passées qui avaient touché le public, afin de revisiter les classiques et de mesurer l’évolution. Je vous invite ainsi à assister à Résonance Boréale, présentée du 30 juin au 4 juillet, mettant en vedette le pianiste Roman Zavada, une nouvelle itération de l’œuvre originale. En présentant cette programmation spéciale à la SAT, nous espérons que la communauté s’appropriera les lieux et participera festivités se poursuivront jusqu’à la fin de l’année. Nous voulons que la SAT soit ouverte au public comme une maison et que les gens s’y sentent les bienvenus, libres de faire des découvertes.

En terminant, comment imaginez-vous la SAT dans 30 ans ?

Jenny Thibault — À la SAT, on veut que la technologie serve à créer et des liens et j’espère que les technologies de l’avenir, qui seront dominées par les hologrammes et la réalité amplifiée, nous aideront à vibrer ensemble plus que jamais. Peut-être aurons-nous recours à la téléprésence pour rapprocher les gens d’un pays à l’autre, permettant ainsi à des danseurs de Montréal et de New York de partager une même piste de danse ? Je pense que les frontières entre les disciplines artistiques tendront à disparaître et que de nouvelles propositions favoriseront des expériences multisensorielles. Enfin, j’espère qu’il nous sera plus facile d’obtenir du financement pour des projets d’avant-garde et que nous retrouverons le droit à l’erreur, qui est essentiel pour innover.

Société des arts technologiques [SAT]

1201, boul. Saint-Laurent
Montréal (QC) H2X 2S6

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